Témoignage de Guy

Mes très chers parents,

Je me souviens très bien de cette soirée du 45e anniversaire, au moment de vous présenter le site web familial. J'ai été incapable de le faire, capté par une émotion trop grande. Curieux, n'est-ce pas, pour un gars que l'on considère intellectuel.

J'avoue que la présentation du 50e ne fut pas sans quelques larmes versées. Je suis aisé transporté par les histoires humaines.

Je suis fait comme ça. Je suis un rêveur, un cerf-volant attaché amoureusement à sa corde. C'est ce qui m'a toujours permis d'être de ce que je suis, libre et reconnaissant à la fois. Si j'ai très tôt appris à ne faire confiance qu'en moi-même pour me réaliser, c'est bien grâce à votre insistance à agir de la sorte. Nous le savons tous, car nous nous le sommes répétés maintes fois. J'ai relu mon témoignage du 45e, et il ne diffère pas beaucoup de celui-ci. Comment pourrait-il l'être ?

Quand vient le temps de célébrer des anniversaires comme celui-ci, on se tourne immanquablement vers le passé. On établit des constats, on se dit qu'on est heureux, qu'on a eu une belle enfance, des parents qui nous ont aimés, protégés. On se dit également, avec un petit pincement au coeur, que, si on est rendus là, c'est que nous sommes déjà très haut dans le ciel, pas encore au bout de notre corde, mais tout de même bien éloignés de notre attache.

On se dit que la corde, un jour, disparaîtra. Puis, nous deviendrons nous aussi des cerfs-volants arrivés aux étoiles. Voilà, tout ça pour dire que je savoure le présent, votre vie avec moi. Je disais dans ma présentation vidéo que j'en étais rendu à vous ressembler, à mieux vous comprendre, à m'apercevoir des liens tant physiques que psychologiques qui nous lient. Déjà, pour le 45e, j'évoquais cette marche commune que nous pouvions maintenant faire et je concluais en exprimant ma fierté, car aimer, c'est avant tout être fier de l'autre.

Je suis fier de vous, tout comme vous êtes sans aucun doute fiers l'un envers l'autre. Après tout, vous avez atteint cette maturité des grands cordages, avez tissé vos filets avec un matériau flexible et durable, avez planté vos racines dans nos têtes, nos coeurs, dans nos créations et nos enfants. Je suis fier de mes parents tant pour ce qu'ils ont accompli que pour ce que leur progéniture entreprend. La lignée est belle, maladroite et blessée parfois, comme l'est la personne humaine, mais elle est aussi fière d'elle-même. Elle est forte.

Bref, on vous doit le respect. Vous êtes des voyageurs de la vie, vous savez de quoi il en retourne.

À ceux qui ont vu nos témoignages nous ont dit que nous étions chanceux. Nous sommes en effet chanceux que vous ayiez eu la force d'avancer et surmonter les écueils inhérents à une vie à deux. On nous a dit aussi que nos parents étaient chanceux d'avoir des enfants comme nous. C'est l'autre côté de la fierté. Que ce cinquantième serve à nous frotter tous la bedaine de contentement !

Félicitations pour toutes ces années, et pour toutes ces nombreuses années devant vous, à vous serrer l'un contre l'autre. Je vous serai éternellement reconnaissant d'être ce que vous êtes, de m'avoir transmis votre sensibilité et votre intelligence, votre orgueil et votre maturité. Vous êtes de beaux arbres, de beaux cerfs-volants.

Votre fils, Guy

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