Marcher dans vos pas

Mes très chers parents. Quand nous est venu l’idée de construire ce site afin de commémorer vos 45 ans de vie commune, je ne pouvais me douter de l’effet que cela aurait sur moi.

Vous vous rappelez sûrement cette journée où Dominique et moi avons regardé, en votre compagnie, vos albums photos. Ce fut un moment fort agréable, drôle, mais surtout émouvant.

Tout d’abord parce que je ne tourne pas souvent la tête pour voir le chemin parcouru, encore moins que je ne regarde plus loin que l’horizon de ma conscience et de ma naissance. Je crois être suffisamment adulte pour savoir que mes parents ont un passé, qu’ils ont dû labourer la vie, du premier sillon de la jeunesse à ceux des récents jours, en passant par les saisons et les moissons du mariage, des enfants, mais tant que des images ne viennent corroborer ce fait, tant que des paroles ne viennent colorer ces visages noir et blanc, ce passé n’est, pour ainsi dire, qu’une abstraction.

À regarder avec vous ces photos, et ensuite, tout au long de la construction de ce site incomplet, j’ai cru marcher dans vos pas. En numérisant telle photo, telle autre, en cherchant la bonne manière de les présenter, en discutant avec mes soeurs, en riant de telle ou telle photo, en s’emerveillant surtout des ressemblances que le fils de l’une avait avec sa mère ou sa grand-mère, des sourires de la fille d’une autre qui copiait celui de son grand-père, de s’apercevoir, en bout de compte, que nous sommes faits de la même terre, m’a touché plus que tou, comme si, fermiers experts que vous êtes devenus, aviez le pouvoir de guider encore nos saisons.

C’est probablement parce que nous vieillissons maintenant tous, nous aussi, à vos côtés, que nous commençons vraiment à apprécier le travail accompli, celui qui est encore à faire, qui se poursuit. Nous commençons à peser nos paroles, à mesurer nos mots quand nous parlons de vous. À vous traiter en aînés — n’ayons pas peur de ce terme qui parle de vieillesse —, à vous envier aussi, parfois, de cette belle histoire que vous avez vécue...

Nous savons tous, certes, que la vie est faite de heurts et de multiples recommencements, que ce mariage aura eu ses ratés, et ses frustrations. Toutefois, vous ne vivez pas ensemble par habitude, cela se voit, s’entend. Vos 45ans valent leur pesant de saphirs (puisque c’est, semble-t-il, la pierre associée à cette noce). Ce mariage ne trompe pas et nous en avons eu la preuve, Dominique et moi, lorsque nous vous écoutions raconter vos fréquentations, vos premières années ensemble. Nous en avons quotidiennement la preuve, quand nous vous parlons, nous nous écrivons. Le bonheur est là, un feu nourri au gros bois de chauffage, comme papa l’aime. Et votre famille est l’âtre dans lequel ce bois brûle, par lequel une marmite de souvenirs bien chaude a été installée, continue à diffuser son odeur réconfortante.

Comme vous le constaterez, toutes les sections de cet site n’ont pas été remplies, beaucoup reste à faire, et c’est très bien ainsi. Plus qu’un hommage statique, nous voulions faire de cet endroit une source inépuisable de souvenirs. Nous espérons que vous y participerez.

Je vais arrêter là, sinon, je vais me faire curé. Je vous embrasse très fort ; je suis fier d’être votre fils, je veux que la planète entière voit ce site. Qu’il soit pour les uns confirmations de ce qu’ils ont vécu eux-mêmes, pour les autres, une preuve que le bonheur existe et que, pour ces autres aussi, qu’ils soient un exemple à suivre.

Je vous aime et vous aimerez toujours.

Guy

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